Travaux 2013- 2015

Suite à un voyage en Amérique du Sud, mes recherches s'orientent vers la composition de grands espaces, désert d'Atacama, Uyuni lac de sel, lagunes, paysages un peu fantasmagoriques et toujours en mouvement. Essayer d'expliquer une œuvre picturale n'est pas toujours chose aisée pour un artiste. En général ceux-ci s'en abstiennent ou donnent des explications plus ou moins fantaisistes.

Souvent lorsque les gens vont voir les expos, ils essayent en général volontairement ou non de découvrir le petit côté figuratif de telle ou telle œuvre. C'est dans notre inconscient, il faut rechercher ce qui ressemble à... avant de voir ce qui ne l'est pas. Dans mon cas le travail avec matières et couleurs ne me permet pas de distinguer ce qui est figuratif ou pas. (Il faudrait d'ailleurs s'entendre sur le terme même.) Pour moi, mon travail n'est ni figuratif ni abstrait, c'est un mélange entre les deux ou le côté technique prend le pas sur le côté représentatif.

 Le cheminement des formes et de la couleur, l'organisation de ces mêmes éléments c'est ce qui importe. Les tableaux de 2013-2014 ne sont que la continuité des travaux de 1989, la technique a évolué, les toiles sont plus grandes souvent 100x200 un bon format et les couleurs plus vives, rouges jaunes, etc. La structure de départ est déterminante pour le réalisation de l'œuvre, le dessin n'est pas important, le thème non plus. Formes mécaniques, biologiques, géologiques, fluides, complexes, structurées, formes hétéroclites, mais toujours organisées, formes spatiales, en mouvement, intensité et contrastes des couleurs, pulvérisation d'encre de Chine noire pour augmenter l'intensité des formes, la recherche principale est la lisibilité du tableau.

 De grands aplats de couleurs sont positionnés, pas forcément les couleurs définitives, les structures de formes sont ensuite organisées. L'organisation de toutes les structures une fois dessinée devient très complexe, il faut alors épurer avec de la couleur uni, supprimer au risque de perdre de bons morceaux de dessin, mais c'est une obligation, sinon le tableau devient illisible. "Atacama" pose le problème de la couleur pure, le rose. 

Le contraste doit être très important avec les structures dessinées, les petits points réorientent les formes, donne un effet de flou en mouvement. Le collage peut prendre une place importante dans la réalisation de la toile, de toute manière il ne sert que de support, de fil conducteur, l'image est complètement déstructurée par la suite, on ne reconnait plus ou très peu l'image primitive, il sert de lien entre la couleur et le noir du détourage. Il n'y a pas d'obligation à placer des collages dans tel ou tel tableau, s'il est absolument nécessaire, il doit être complètement transparent. Lorsque tout est posé, couleur, dessin, alors c'est la recherche de la continuité des structures qui devient importante. 

Objets temporels

Téléporteurs, c’était le nom de mes structures en 1991. Par la suite je les ai appelées « objets temporels ». Pourquoi ? Je suis un passionné pour tout ce qui touche au temps, plus précisément à « l’espace-temps », et mes recherches s’inscrivent dans cette démarche depuis plus de dix ans.

Mes objets sont contemporains, mais ils se rapprochent aussi des triptyques et des retables du moyen-âge, le gout du bois doré et des formes spatiales. Ces objets intègrent dans leur surface des structures beaucoup plus contemporaines que sont les objets manufacturés actuels. Ce sont toujours des objets de haute technologie, cd-rom, microprocesseur, caméra vidéo qui font partie de notre quotidien. Ces objets récents sont soit intégrés dans les structures de bois, soit exposés en tant qu’élément contemporain.

 Mon objectif est que ces objets vieillissent dans le temps, d’où « objets temporels ». Ces objets sont réalisés en bois, ils sont découpés et organisés en différentes phases. Il y a toujours plusieurs superpositions d’objets. J’utilise la peinture acrylique, mais aussi la dorure à la feuille d’or de cuivre et d’argent. Ces différentes dorures vieillissent différemment dans le temps. Je ne recherche pas la perfection dans la pose de la dorure (je ne tiens pas à rivaliser avec un maître doreur), mais au contraire ce qui peut produire des défauts, comme coulures, bulles, défaut du bois, coupures ou autres. C’est ce qui va donner vie à l’objet.

 La lumière joue aussi un rôle très important, lorsqu’ils sont exposés et ouverts, ils projettent des formes sur les murs qui sont le prolongement de l’objet dans l’espace-temps. J’aimerai pouvoir les contempler dans 100 ans … si ces objets existent encore, mais ce sera hélas impossible. Il y a dans ces structures une connotation légèrement religieuse un peu ésotérique, un soupçon de merveilleux et de fantastique qui me pousse à continuer mes recherches.